« Il faut vibrer un peu »… Rencontre en terres papales, avec Marie Giraud

Châteauneuf-du-Pape… Le nom fait rêver, que l’on s’y connaisse ou non en vin.

Quand Marie me reçoit, en ce joli vendredi du mois de mai, la première chose qu’elle me dit, c’est ce poids de l’Histoire : « Mes grands-parents étaient bouilleurs de crus ! Ils travaillaient directement avec la distillerie de Châteauneuf-du-Pape ».

Une des plus vieilles familles de Châteauneuf

Chez les Giraud, l’histoire de ce petit village perché, on la connaît par coeur.

Si le vignoble est dans la famille depuis très longtemps, ce sont les parents de Marie et François qui créeront le domaine en 1974.

À cette époque, ils travaillent essentiellement avec le négoce.

Et c’est finalement le frère et la soeur, qui franchissent la dernière étape au début des années 2000 : faire leur propre vin, en se lançant également dans la vinification.

Les frangins sont parfaitement complémentaires

François se charge des vignes, Marie gère toute la partie commerciale. Entre les deux, il reste à vinifier justement : « Ça, on le fait tous les deux… C’est ce que l’on préfère ! ».

Et justement, faire le vin, pour eux, c’est un jeu tout autant qu’un défi : à l’encontre d’un Châteauneuf traditionnel où les fameux 13 cépages autorisés sont assemblés, ici, on travaille dans la dentelle, en essayant notamment de traduire la spécificité du terroir de chacune des parcelles… « Tous ces terroirs, ça nous donne des vendanges qui durent 5 semaines ! Pendant cette période, avec François, on goûte tous les raisins, tous les jours. Nos vendangeurs le savent, ici, on prend le temps d’attendre la maturité optimale pour chaque cépage et chaque parcelle… »

Les vignes des Giraud sont réparties sur une soixantaine de parcelles : aussi, j’ai le droit à une visite en bonne et due forme des alentours du célèbre village, dont nous faisons un tour complet : les sables au Nord-Est, le secteur de La Crau, mêlant sable et argile, les fameux galets roulés des Gallimardes, le quartier dit « Pignan » et ses sables marins, et puis là-bas au Nord, c’est du calcaire pur.

3200 hectares pour 240 caves particulières… « On a tous notre propre cartographie, notre identité ».

Impossible de venir au domaine et de ne pas s’apercevoir de cette incroyable amitié qui unit le frère et la soeur. Je ne fais que croiser François, mais j’entends, à cette façon qu’a Marie de me raconter leurs choix, leur histoire, qu’ils sont en parfaite harmonie.

Et non contents de partager leur quotidien professionnel, ils partagent aussi leur passion du sport et de la nature, en réalisant ce truc de grands fous furieux de la transpi qu’est le trail (oui, oui, ces courses où le marathon, à côté, c’est de la balade en forêt).

Un pas vers le nature…

Un goût pour l’extérieur, pour la terre, qui les conduit tout naturellement à convertir le domaine en bio en 2008. Dans le coin, la seule vraie difficulté pour travailler sans chimie, ce sont les rendements, qui chutent drastiquement. Forcément, les premières années, ça peut être un peu dur économiquement avec une récolte divisée de moitié… 

D’autant plus que le domaine s’enorgueillit de belles mémés de 116 ans… qui ne peuvent plus produire autant que de jeunes pieds.

Comme quoi, on peut vieillir et rester belle #respectdesanciens #coucouleVentoux

Mais Marie ne regrette rien, bien au contraire : « On se remercie tous les ans d’être passé en biologique : chaque année, c’est meilleur… Nos vins sont plus équilibrés, avec plus de fraîcheur. Finalement, la terre nous le rend bien, tout ce travail… »

Ici, on fait des vins que l’on aime

« Moi, j’aime les vins qui ont du caractère, où tu ressens de la passion, des vins libres ».

Cette notion de liberté est un vrai fil rouge. On y revient quand on parle de ce choix, pas toujours facile, de reprendre le domaine familial : « C’était une évidence. C’est un métier difficile, c’est vrai… Mais tu es libre. »

Tout en dissertant sur la beauté du métier et ses réalités pas toujours roses, Marie me promène à travers leurs vignes. On emprunte notamment le chemin des Gallimardes, ce secteur renommé où les différentes parcelles juxtaposées qu’ils y cultivent forment un ensemble de 8 hectares :

« C’est vraiment un coin qu’on aime bien… On est chez nous, ici le bio prend tout son sens ».

Un peu de menthe sauvage, ramassée par Marie : « La parcelle, elle prend tout ça, et le vin il le traduira, d’une façon où d’une autre… C’est un vin qui aura beaucoup de caractère ».

Au détour d’une colline, le Ventoux apparaît au loin, coiffé de son dôme enneigé alors que le printemps est déjà bien avancé. L’enthousiasme de mon hôtesse est tout simplement touchant : « Oh ! Qu’il est beau le Ventoux ! ».

Une jeune femme aux reflets de ces vins qu’elle aime tant… Que ce soit la cuvée M&F, d’une grande suavité, les Prémices, un 100 % Grenache très gouleyant, ou encore le Grenache de Pierre, qui mêle gourmandise, pep’s et fraîcheur, je retrouve ces vins du Midi qui me touchent tellement, travaillés ici avec une grande finesse. Du caractère mais aussi de la générosité, et une élégance certaine.

Une jolie rencontre, une superbe dégustation.

Merci Marie et François pour ce partage en toute simplicité.



NB : Châteauneuf-du-Pape s’enorgueillit d’être l’une des toutes premières régions viticoles à avoir, dès la fin du 19ème siècle, limité sa zone géographique de production, et à avoir établi un cahier des charges quant à l’élaboration de son vin. Les prémices de ce qui deviendra quelques années plus tard, la toute première AOC de France…

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